Je suis faite de précipices,
De brèches mensuelles,
De vallées blanches en interstice,
D'apocalypse joyeuse et frêle.
Je suis faite de crêtes,
De vides qui ne se remplissent pas,
De chemins concentriques quand il faudrait aller tout droit.
Je suis faite de coulures,
Qui souillent encore les partisaines,
Je suis et reste une encablure entre bafon et arc-en-ciel.
Et tu me prendras-t-elle,
si tu le veux,
Si tu le peux,
si ça te rend heureux ?
Je suis faite de crevasses,
Et d'éclaircies tellement buissantes,
De marées hautes,
de marées basses,
Que j'en crains trop les redescentes.
Je suis faite de sorties de secours,
De fronts cognés sur les murs,
De silences d'or et d'ours,
Qui parfois préfèrent s'exclure.
Je suis les laissées pour mortes,
Je suis le béton et la dentelle,
Le phénix et la cendre,
La rose et la source éternelle.
Et tu me prendras-t-elle,
si tu le veux,
Si tu le peux,
si ça te rend heureux ?
J'ai le vertige à perte de vue,
À marée ou panorama,
L'horizon suspendu,
fragile,
Et non refuge en contrebas.
Je suis tout ça,
et les sentiers oxygénés,
Le rire étouffé dans la joie,
Les derniers sonflés poumonnés.
Je suis faite de torrents d'eau de vie,
Et d'assassinées aux altitudes,
Compagnon de cordée,
Je suis l'épilogue et le prélude.
Et tu me prendras-t-elle,
si tu le veux,
Si tu le peux,
si ça te rend heureux ?
Et je me donnerais-t-elle,
si je le veux,
Si je le peux,
si ça me rend heureuse ?