Il m'avait ouvert
Dès que j'eus frappé à sa porte
Un soir en hiver
Dans ma banlieue morte
J'étais un enfant
Rêvant à bien d'autres rivages
Lui,
le survivant
De tous les vagabondages
De nos autres voisins Il était différent
Ce petit vieux fragile Avec quelque chose comme un contre-courant
Dans sa démarche agile Tant et tant de fois je l'ai regardé
Qu'il finit par remarquer mon visage S'arrêter,
me sourire et bavarder
Me demander mon âge
Entre eux n'ai pas peur
Moi j'avançais dans la pénombre
Retenant mon cœur
De peur qu'il ne sombre
Tous ces vieux souverts Me parlaient de lointaines fêtes
Et sous la poussière Jetaient leur feu à ma tête
Ce type en smoking blanc c'est moi Dans deux louets musclés de soie
L'année du casino je crois 1930 Tout dans les reins,
rien dans la voix
Rien dans le crâne,
tout dans les doigts Moitié chasseur et moitié proie
Il craignait d'ouvrir Les boîtes à chaussures,
les valises
Redoutant qu'un rire Le ridiculise
Et moi j'insistais Je voulais de lui tout connaître
Mais il hésitait
Plus ému que moi peut-être
Voilà que son foutu passé Remonte enfin implorant d'applaudir
Avec ses vieux velours,
ses strass et ses parfums Prêts à nous étourdir
Je voyais sa pauvre main caresser Le
souvenir d'un jeune homme au corps lisse
Sa propre image déjà presque effacée Dans un passé factice
Le voilà qui pleure Sur la destinée imparfaite
Ses amours d'une heure
Sa beauté des fêtes
Moi j'étais blafard
Le nez dans les vieux magazines
Sa santé le fade Et les relents de cuisine
J'ai posé tu sais bien des foies Jeune viande de premier choix
Pour des esthètes et des rois Une vraie ranteur
Et puis un jour ranteur envoie On prend des rides,
on prend du poids
Le début du chemin de croix
Moi je ne *** rien
Je sens peser un lourd malaise
Et je voudrais bien Filer à l'anglaise
Je pars,
je m'en vais Je veux échapper à ce châne
Au passé mauvais A l'odeur de soupe aux larmes
Et lui désolé S'accroche à ma veste
Ses doigts affolés Sur moi ose un geste
Déjà le remord
De ce qu'il m'en ***
Dans son regard mort
Envahit
ma vie
Reste encore, il faut que tu vois
Mon beau smoking blanc d'autrefois
Une fleur au revers étroit Exubérante
Tu as raison, une autre fois
Il est l'heure de rentrer chez toi
Pardon,
je suis si maladroit
Je n'ai jamais vu
Le vieux smoking blanc de l'artiste Peut-être a-t-il su
Mon entrée en piste Comme lui en hiver
J'aurais peut-être envie d'enfance Mon pressbook ouvert
Malgré moi, parfois j'y pense
Đang Cập Nhật
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