Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon
Voilà les randirondelles
Qui rasent du bout de l'aile L'odeur menthe des marais
Voilà l'enfant des chômières Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts
C'est la saison où tout tombe
Au cours redoublé des vents Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants
Il tombe alors parmi le
Comme la plume inutile Que l'aigle abandonne aux airs
Lorsque des plumes nouvelles Viennent réchauffer ses ailes
À l'approche des hivers
C'est alors que ma paupière
Faut vivre à l'hydre et mourir Tendre fruit qu'à la lumière
Dieu n'a pas laissé mûrir Quoi que jeune sur la terre
Je suis déjà solitaire Parmi ceux de ma saison
Et quand je *** en moi-même Où sont ceux que ton cœur aime
Je regarde le gazon
C'est un ami de l'enfance
Qu'aux jours sombres du malheur
Nous prêta la providence
Pour appuyer notre cœur Il n'est plus notre âme éveuve
Il nous suit dans notre épreuve Et nous *** avec pitié
Ami,
si ton âme est pleine De ta joie
ou de ta peine
Qui portera la moitié C'est une jeune fiancée
Qui le front sain du bandeau N'emporta qu'une pensée
De sa jeunesse au tombeau
Triste et las dans le ciel même
Pour revoir celui qu'elle aime Elle revient sur ses pas
Et lui ***
Ma tombée verte
Sur cette terre déserte
Qu'attends-tu ?
Je n'y suis pas
C'est l'ombre pâle d'un père Qui mourut en nous nommant
C'est une sœur,
c'est un frère Qui nous devance un moment
Tous ceux enfin dont la vie Un jour ou l'autre raville
Emportent une part de nous
Semble dire sous la pierre
Vous qui voyez la lumière De nous,
vous souvenez-vous
Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s'élève Et gémit dans le vallon
Voilà l'air en tirondelle Qui rase du bout de l'aile
L'odeur morte des marais Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères Le bois tombé des forêts