Les Invalides chez nous reverrent leur médaille,
C'est pas d'être hors d'état de suivre les filles crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir retourner au champ de bataille,
Le rameau d'Olivier n'est pas notre symbole,
non.
Ce que par-dessus tout nos aveugles déplorent,
C'est pas d'être hors d'état de se rincer
l'œil crenant de non,
Mais de ne plus pouvoir lorgner de leur apôtre
et colore,
La ligne bleue des Vosges sera toujours notre
horizon.
Et les sourds de chez nous,
s'ils sont mélancoliques,
C'est pas d'être hors d'état d'ouïr les
sirènes crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir entendre au défilé
de la clique Les échos du tambour,
de la trompette et du
cléron.
Et les muets de chez nous,
s'ils aiment les malalaises,
C'est pas d'être hors d'état d'compter
fleurettes crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir reprendre en chœur
la marseillaise,
Les chansons martiales sont les seules que
nous en tenons.
Ce qui de nos manchots aigrit le caractère,
C'est pas d'être hors d'état de pincer
les fesses crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir faire le salut militaire,
Jamais un bras d'honneur ne sera notre geste non.
Les estres aux pieds de chez nous,
ceux qui les rendent patraques,
C'est pas d'être hors d'état d'couvrir la gueuse crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir participer à une attaque,
On rêve de Rosalie la baïonnette, pas de Ninon.
Ce qui manque aux amputés de leurs bijoux de famille,
C'est pas d'être hors d'état d'aimer leurs femmes crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir sabrer des belles ennemies,
La colombe de la paix,
on la prête aux petits oignons.
Quant à nos trépassés,
s'ils ont tous l'âme en peine,
C'est pas d'être hors d'état d'mourir d'amour crainant de non,
Mais de ne plus pouvoir se faire obscur à la prochaine,
Au monument aux morts,
chacun rêve d'avoir son nom.