Paysan courbé sous un lofardo
Marchant lentement le long du coteau
Où vas-tu ?
Vas-tu dans la ville ou dans la montagne
Paysan de Beauce ou bien de Bretagne ?
Je vais sans repos labourer les champs
Car après l'hiver viendra le printemps
Et je fais sortir,
humble pour les terres,
Le pain de la terre
Mineur courageux qui va d'un palan Vers un puits sans fond
Immense et béant Où vas-tu ?
Tu gagnes ta vie et tu meurs sans gloire
Pauvre travailleur à la face noire Je
vais dans la mine au fond d'un grand trou
Bravant les dangers,
les coups de grisou Chercher les trésors,
fortunes entières
Pour les actionnaires Parvenus vos races,
avides et sans cœur
Croyant que l'argent remplace l'honneur Où vas-tu ?
Tu poursuis partout ta folle chimère
Et pour toi la vie est toujours amère
J'ai vendu mon âme au démon de l'or
Je vais par le monde en chercher encore Et pour
m'enrichir semer la misère Sur toute la terre
Jeune homme élégant,
fils de député Toujours protégé,
toujours pistonné
Où vas-tu ?
Vas-tu conquérir les arts et la science
Et par ton talent illustrer la France ?
Je me laisse vivre aux frais de l'État
Car c'est moi qui suis le fils à papa
Et je finirai ma noble carrière dans un ministère
Paysan courbé sous un lourd fardeau
Marchant lentement le long du coteau
Où vas-tu ?
Vas-tu dans la ville ou dans la montagne ?
Paysan de Beauce ou bien de Bretagne ?
Je vais sans repos labourer les champs
Car après l'hiver viendra le printemps Et je
fais sortir à Bleu Proletaire Le pain de la terre