Ils partent dans l'aube grise,
l'aube les déguise en tristes concurrents
Le long des chevaux de frise,
tout au bout d'un quai d'embarquement
Et bloui par le soleil, le vent,
et mes grands Ils embrassent Jeanne-Élise,
ils quittent
leur église Ils s'en vont en chantant vers un nouveau
continent Loin de la Seine ou de la Tamise
Vers les rives bleues du Saint-Laurent
Qu'ils découvrent déjà en rêvant
En rêvant de
moissons à perte d'horizon En rêvant d'une maison
et d'une femme à mort
Et d'une femme à la fenêtre
Ils n'ont qu'une seule valise, elle est
enfin un peu grise de poussière et
de vent Cinq ou six pièces d'argent
Mais entre leur peau et leur chemise Une photo jaunie
par le temps
Ils caressent d'un doigt en rêvant En rêvant de prairies
ouvertes à l'infini
En rêvant de ce pays où demain leurs
enfants vont naître
Des robes grises vers la terre promise,
emportées par le vent
Tout au bout de l'océan,
loin de la Seine ou de la Tamise
Ils s'en vont dans le soleil,
le vent,
et mes grands