Tout près des hauts fourneaux qui brûlent sans relâche
Parmi les ouvriers noirs comme des démons
Deux frères,
Paul et Jean,
s'enfaillirent à leur tâche
Travaillent tous les jours devant l'acier qui fond
Mais Paul est amoureux de Suzon la jolie Ouvrière elle aussi,
sur le même chantier
Il rêve de s'unir à Suzon pour la vie
Car son cœur simplement s'est donné tout
entier Et ce joli rêve d'amour le rend tout joyeux
en ce jour Au bruit des tours et des pylons de son cœur
Remonte une chanson,
chanson d'ivresse et d'espérance
Qu'il emplit d'une ardeur immense Car la promesse du bonheur
Donne courage aux travailleurs Qui voudraient une vie nouvelle
Pour l'amour de sa belle
Mais Paul s'aperçoit que Jean et sa future
Discutent à l'écart et semblent léviter
Il surprend maintes fois sourires et murmures
Et dans son cœur jaloux le doute a pénétré
Il surveille Suzon,
il espionne son frère De l'usine il les voit sortir ensemble un
jour « Ils m'ont trahi tous deux,
***-il avec colère
Puis retourne au travail,
maudissant son amour Car tout son pauvre être est meurtri
Par le bonheur qui s'est enfui »
Au bruit des tours et des pylons de son cœur Remonte une chanson,
chanson de rage et de vengeance
Qu'il emplit d'une haine immense Et c
'est durant tout le labeur Rire narquois,
cachant des pleurs La folie monte en
sa cervelle Pour l'amour de sa belle
Un matin on entend un râle épouvantable Dans
l'acier en fusion Jean vient de s'écrouler
« On croit à l'accident,
mais Paul est le coupable Suzon bien tendrement cherche à le consoler
Demain, ajoute-t-elle,
est le jour de ta fête Sachant que tu voulais une montre d'argent
Alors ton frère et moi,
tous les deux en cachette Nous l'avons acheté,
il t'aimait tant,
ton Jean
Et quoi *** Paul en un sanglot ?
C'était donc là votre complot ?
»
Au bruit des tours et des pylons Paul s'éveille à la raison
Comme un damné court dans l'usine Enfrolant les lourdes machines
Dans un accès de désespoir Il fait broyer au laminoir
Ses deux mains,
ses mains criminelles Pour l'amour de sa belle