Dédicaces à toutes celles qui,
tous les 28 jours,
sont prises d'une subite envie de se défénestrer.
Dédicaces à toutes celles qui,
tous les 28 jours,
sont prises d'une subite envie de défénestrer quelqu'un.
Dédicaces à toutes celles que ce fameux
28e jour a surprise en pleine rue,
flinguant
leurs plus beaux pantalons blancs,
ou en pleine réunion, flinguant leur plus belle
assurance.
Dédicaces à toutes celles à qui c'est arrivé le jour de leur mariage,
de leur
soutenance d'hôtesse,
de leur premier jour de boulot,
du retour de leur mec ou de
leur meuf après trois mois d'absence en Vaux-Remercien.
Dédicaces aux ados qui assurent seuls le raz-de-marée de ce flux.
Dédicaces à toutes celles que ça épuise,
ruine,
érétame,
à toutes celles à qui
ça fait mal au rein,
au sein,
aux ovaires et au crâne,
à celles qui vomissent et qui
s'évanouissent,
et à toutes celles qui savent qu'il existe des médicaments contre
les troubles de l'érection par centaines,
des médicaments contre les problèmes de calvitie
par dizaines,
et même des médicaments contre des
histoires de boutons de quéquette qui
ne concernent que trois mecs sur toute la surface de la planète.
Mais pas un seul médicament
contre l'ensemble des maux dont elles
sont plusieurs milliards à souffrir.
Dédicaces aux sportifs de haut niveau,
aux chirurgiennes,
aux officiers de police,
aux
policiers et aux pompières,
pour qui ça doit juste être l'enfer.
Dédicaces à toutes
les femmes dans le monde que le sang menstruel exclue,
menace,
chasse ou condamne.
Dédicaces
à toutes celles à qui on a demandé à 25 ans « Alors,
quand est-ce que tu nous fais
un enfant ?
» à 30 ans,
***-donc,
va peut-être pas trop falloir tarder à nous faire un enfant
?
à 35 ans,
mais pourquoi t'as pas d'enfant ?
et à 40,
et donc toi, t'as jamais eu
d'enfant.
Dédicaces à toutes celles à qui on ne demande plus rien,
à qui on n'offre plus aucun soutien,
dont on ignore bien soigneusement la déconfiture,
en espérant que ça la fera cesser d'exister.
Je parle, bien sûr, des femmes ménopausées.
Dédicaces à toutes celles qui ont souffert à en crever
et à qui on a *** qu'il ne fallait pas exagérer,
jusqu'à ce que leur utérus se nécrose et qu'on leur apprenne que,
oups,
elles avaient de l'endométriose.
Dédicaces aux femmes sans enfants,
aux femmes qui ne veulent pas d'enfant,
aux femmes qui ont perdu leur enfant mais qui restent des mamans,
aux femmes qui n'arrivent pas à avoir d'enfant,
qui sont en parcours FIV sous traitement hormonal,
en attente d'un don d'ovocytes ou d'une insémination artificielle,
aux femmes diagnostiquées stériles ou en parcours adoption,
aux femmes avec enfants et aux femmes à barbe,
mais ça n'a rien à voir.
Dédicaces à toutes celles que la
grossesse a transformée en veau marin,
avec attention,
options cumulables,
les pieds de mammouth,
les nausées,
les vergetures,
les varices,
les vertiges,
les essoufflements,
la fatigue,
la déprime,
la chute de cheveux,
la prise
de poils,
la perte de dents,
la rétention d'eau,
la crise de l'âme,
la descente d'organes,
l'accouchement,
et j'en passe.
Et dédicaces à toutes celles qui ne connaîtront
jamais la joie de subir tous ces désagréments
alors qu'elles en rêvaient,
parce qu'elles n'ont pas trouvé l'âme sœur ou parce qu'elles
ont fait le tour du monde,
inventé un brevet,
créé une multinationale,
monté une équipe
de foot,
combattu une maladie ou tout simplement
pas vu le temps passer et se sont réveillés
un jour sans enfant
et trop tard pour en faire.
Et spéciale dédicace aux hommes qui ont compris tout ça.